jeudi 2 octobre 2008

Le Louvre résout l'énigme du crâne de cristal


Le laboratoire du musée apporte la preuve que la pièce précolombienne, objet de la nouvelle quête d'Indiana Jones dans le prochain film de Spielberg (sur les écrans le 21 mai), est un faux.

Quelle déconvenue pour Indiana Jones ! Des doutes couraient depuis les années 1990 au sujet de cette pièce prétendument précolombienne conservée au Musée du quai Branly. Mais dans quelques jours, le Centre de recherche et de restauration des musées de France (C2RMF) publiera un rapport d'expertise établissant la supercherie et démontrant comment celle-ci est née.

Nous sommes en 1875. Un archéologue et collectionneur passionné, Alphonse Pinard, dépense sans compter pour acheter un important fonds d'antiquités amérindiennes à Eugène Boban, un marchand de curiosités français. Trois ans plus tard, ruiné, il l'échange avec l'État français contre le financement d'une nouvelle campagne d'exploration outre-Atlantique. C'est ainsi, parmi ces objets de qualité inégale, qu'un crâne de cristal haut de 11 cm et pesant plus de 2,5 kg, se retrouve au Musée d'ethnologie du Trocadéro. Il y sera fréquemment exposé et tiendra toujours la vedette, même lorsque l'institution sera devenue l'actuel Musée de l'homme.

Il est vrai que le travail de taille du quartz limpide y est étonnant et l'on est aisément fasciné par le mystère que dégage l'objet. D'autant que, sur la foi d'Alphonse Pinard, tout le monde le croit d'origine aztèque. Très vite, il s'est imposé comme un chef-d'œuvre. Au point que, préparant le pavillon des Sessions, Jacques Kerchache, marchand d'art et ami de Jacques Chirac, envisagea de l'inclure parmi les pièces maîtresses de ce lieu consacré au meilleur des arts premiers, ouvert en avril 2000, au ­Louvre.

Heureusement, des doutes commençaient à monter de deux musées anglo-saxons, également détenteurs de crânes de cristal (avec neuf personnes privées dans le monde). Celui du British Museum avait bénéficié d'une première analyse en 1996, renforcée par une seconde en 2004. Au Smithsonian Institute de Washington, l'anthropologiste Jane Walsh s'interrogeait. Son microscope électronique comme ceux de ses collègues britanniques montraient des traces de polissage par molette. Or les Aztèques ne connaissaient pas la roue !
Accélérateur de particules

Toutefois, aucune des institutions concernées le Musée de l'homme inclus n'a à ce jour affirmé officiellement que tous ces crânes sont des faux. Pourquoi ? Parce qu'il subsistait encore un doute. Et aussi parce que les propriétaires rechignent à dévaluer leurs trésors. Les crânes des musées sont toujours très courus par un public d'amateurs, notamment de paranormal, d'ésotérisme et de pseudosciences. Mille spéculations, mille légendes merveilleuses avaient, en effet, prospéré depuis le XIXe siècle. La réunion de treize crânes de cristal sur une pyramide aztèque permettrait de révéler l'avenir du monde. Les sculpteurs seraient des extraterrestres ou des anciens venus de l'Atlantide. Le quartz émettrait des ondes bénéfiques. Les crânes seraient passés par les Olmèques et les Mayas avant les Aztèques…

Coupant court à ces balivernes parfois relayées par des intellectuels, tels l'universitaire américaine Paula Gunn Allen, connue pour sa défense de la cause indienne ou l'auteur anglais de best-sellers Adrian Gilbert , le C2RMF, qui vient de passer le crâne du Quai Branly à l'accélérateur de particules, aux ultraviolets et au détecteur d'humidité en profondeur, s'apprête à affirmer qu'il est une création tardive du XIXe siècle.

«Les rainures et les perforations trahissent l'emploi de fraises de joaillerie et autres outils modernes. Jamais une telle précision technique ne se rencontre dans l'art précolombien où l'emploi du cristal est d'ailleurs fort rare», commente Yves Le Fur, directeur adjoint du patrimoine et des collections du Quai Branly.
Source/le figaro

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